Contribution du conseil municipal

JAVERDAT : CONTRIBUTION  DU CONSEIL MUNICIPAL AU GRAND DEBAT

 

Préambule

 

            En référence  à la lettre du président de la République, nous formulons quelques observations pour aider à la connaissance des populations vivant en milieu rural. Nous avons suivi chronologiquement les thématiques du président de la république complétées par d’autres sujets traduisant notre réalité.

 

Sur la question des retraites, en écho à l’affirmation   Cf. lettre PDR) « ceux qui travaillent financent les pensions des retraités », je complète  par: retraités, qui eux-mêmes ont travaillé pour financer les retraites de leurs contemporains ; ce n’est donc que justice sociale surtout pour les retraités actuels dont un grand nombre a beaucoup travaillé pour de très petits salaires, voire pas de salaire du tout (agriculteurs, aides familiaux, femmes d’agriculteurs, artisans, gantiers à domicile, etc.) qui ont aujourd’hui entre 600 et 800 € de retraite par mois. Ils ont pourtant contribué au développement de notre pays, notamment lors des trente glorieuses !

 

Sur la question des services publics, l’éducation - l’école publique, la santé - l’hôpital, la sécurité, la justice, les transports, - notamment le rail, accessibles à tous, indépendamment de la situation et de la fortune des usagers, c’était avant ! Car, depuis plus de 20 ans, réforme après réforme,  la recherche de diminution des dépenses publiques se traduit par des ponctions budgétaires énormes réduisant d’autant, tant en qualité qu’en quantité, les moyens à disposition pour exercer les missions de service public ; la conséquence a été l’éloignement de ces services des territoires et de fait l’éloignement des usagers des services publics sans acter de  diminution notable des déficits publics !

Sur la fiscalité, la répartition de l’impôt doit incontestablement être revue. Que chacun contribue à la hauteur de ses ressources et de ses moyens, en excluant une base, socialement définie par un reste à vivre décent ; il faut en effet  sortir du modèle actuel c’est-à-dire

  • Cesser de cibler les classes  moyennes (la notion de classe moyenne restant à définir!) qui vivent de leur travail et ne fuient pas l’impôt,
  • Répartir l’impôt de la même manière sur les rémunérations élevées, pour casser le schéma : plus les  rémunérations sont élevées, plus les possibilités d’échapper à l’impôt sont nombreuses.

D’autre part, si la suppression de la taxe d’habitation qui est une bonne nouvelle pour ceux qui la payent, il reste à définir formellement par quoi elle sera remplacée pour notamment pérenniser les recettes de fonctionnements des communes, pour que la compensation soit effective et pérenne dans le temps mais aussi évolutive en fonction de la dynamique de chaque territoire.

Pour parler de la lutte contre le chômage, je parlerais d’abord de travail. Le premier remède à la maladie appelée chômage, c’est le travail. L’accès au travail est un droit. Droit de financer son projet de vie, droit de faire vivre sa famille, droit de donner du sens à sa vie, droit de vivre dignement, droit de se soigner en étant en capacité de couvrir ses dépenses, alimentation, chauffage, électricité, assurances comme la mutuelle par exemple, droit de s’offrir quelques jours de vacances chaque année, droit d’accéder à la culture etc.

 

Pour accéder à ce droit fondamental qu’est le travail, il faut que :

-  l’école ait rempli ses missions d’enseignement et pédagogiques, de formation professionnelle, universitaire selon des orientations pensées et fondées collectivement en lien avec des projets et des aptitudes en phase avec les besoins du monde du travail, de la recherche et du développement des entreprises et des institutions.

- la création des emplois soit effective avec toute l’anticipation nécessaire au pourvoi des emplois d’aujourd’hui et de demain,

- l’arrêt de la destruction des emplois notamment dans le public ou le «fonctionnaire» est discriminé alors qu’il répond, au regard du poste occupé, aux besoins de la population ; ex professionnels des hôpitaux, agents des écoles, des communes, etc. où la satisfaction du service rendu essaie de compenser les bas salaires et les conditions de travail parfois difficiles. Mais aussi dans le privé, où la rémunération de ceux qui produisent la richesse est remise en question alors que la recherche de profits atteint dans certaines entreprises un tel niveau que l’indécence et l’écœurement sont les seuls ressentis que l’on peut avoir.

Cela m’amène à évoquer la notion d’effort. Oui, le goût de l’effort doit être cultivé, doit être intégré à l’éducation dès la petite enfance (et il y a du travail, c’est vrai !), doit être l’objet de rémunération à la bonne hauteur. Encore faut-il que le projet de notre pays, le projet européen nous le permettent! Pourquoi le capital est-il plus rémunérateur que le travail ? Pourquoi la valeur ajoutée d’un ouvrier, d’une aide-soignante, d’une infirmière, d’un professeur des écoles, ... n’est pas valorisée à la hauteur de l’effort déployé et des responsabilités exercées  Pourquoi certaines fonctions, parlementaires, dirigeants du CAC 40, grandes entreprises, grandes fonctions d’état, sont-elles assorties d’avantages en nature doublés d’indemnités visant le remboursement des frais inhérents à la fonction ? Pourquoi le calcul de certaines retraites est-il inversement proportionnel à la durée de l’exercice de la fonction ? Pourquoi le cumul de fonctions, de certains mandats est-il possible avec l’empilement des indemnités et des avantages qui vont avec?

C’est la remise en question du projet fondamental de notre pays  qui est d’actualité. Sans cette réflexion de fond, globalisée à l’échelle nationale sur la base de la prise en compte des besoins des territoires urbains et ruraux, articulée avec l’échelle européenne dans un contexte mondial qui est à travailler en urgence pour redonner sa place à chaque citoyen  qui demande du travail correctement rémunéré dans un pays à réindustrialiser, avec des services publics et des institutions en nombre et qualité suffisants, soucieux de la préservation de notre environnement, au service des citoyens!

La démarche, sur la base de ce grand débat, générée par le mouvement des gilets jaunes, qui a le grand mérite d’interpeler aux niveaux national et européen doit permettre de compléter le diagnostic objectif, issu de la situation de notre pays, pour mettre en place des actions pertinentes constituant les grandes lignes du projet de notre pays; ce projet devant être relayé, aux différents niveaux régional, département, intercommunal et communal, sans superpositions de missions, mais en complémentarité. Cela suppose une organisation, à chaque niveau de l’état et des collectivités publiques, qui repose sur la connaissance parfaite de qui fait quoi, quand, où, comment et pourquoi ; afin de supprimer les doublons, de supprimer les actions opportunes qui ne servent que le nombril de quelques-uns et quelques-unes et contribuent au gaspillage d’argent public. Il s’agit de gérer le pays avec discernement pour une bonne utilisation de l’argent public par des élus responsables seulement préoccupés par l’intérêt général.

 

Cela nous amène au projet national. Oui, le président de la République a été élu démocratiquement, et nous sommes respectueux de cet état de fait. Par expérience et peut être par déformation professionnelle pour ce qui me concerne, il est une vertu qu’il est important de garder en chacun d’entre nous, c’est l’humilité. Car, ce n’est pas uniquement sur un projet que M. Le Président a été élu par une minorité de français ; mais, pour la population qui s’est exprimée,  par une volonté de dégagisme d’élus, «  trop longtemps vus et entendus » et surtout de refus d’un projet d’extrême droite. Et quid de l’analyse du taux d’abstention sans cesse croissant  et riche d’enseignements sur le niveau de confiance de la population à l’égard de l’exercice de la fonction de responsable et d’élu?

 

Le projet national passe également obligatoirement par la prise en compte de la transition écologique. Les engagements sur les objectifs de préservation de la biodiversité et la lutte contre le réchauffement climatique et la pollution de l’air ont le mérite d’être validés au niveau national ; c’est une base importante car la mobilisation citoyenne est de plus en plus forte et c’est tant mieux, mais cela ne suffit pas. Ce n’est pas le tout de dire, mais encore faut-il faire ce que l’on dit. Dans nos campagnes, nos anciens disaient, « les longs discours font les jours courts ! Le bon sens populaire a parfois du bon !

 

L’harmonisation au niveau national des pratiques vertueuses en matière écologique, le soutien financier, avec des articulations cohérentes, entre région, département, communautés de communes , communes, passe par une anticipation et le soutien des entreprises et activités fragilisées par les étapes de changement, par le recadrage des lobbys – les lobbyistes peuvent aussi exercer leur pouvoir dans un cadre vertueux- ; cette harmonisation passe également par la réflexion avec les entrepreneurs, agriculteurs et autres acteurs de la sphère entrepreneuriale, qu’elle soit publique ou privée, pour évoluer, créer, participer aux démarches novatrices en modifiant leurs pratiques, en créant de l’activité non décolalisable, en facilitant le recours aux circuits courts, en résumé en contribuant ensemble à l’atteinte des objectifs en matière d’écologie.

Mais, la préservation de la biodiversité et la lutte contre le réchauffement climatique et la pollution de l’air, même si la solidarité en la matière  passe par la prise de conscience de chacun d’entre nous, quel que soit notre projet personnel, elle ne peut suffire; elle doit également être collective ! Et ce n’est pas la manière dont cette question vitale est traitée aux niveaux européen et mondial qui est pour nous rassurer. La gouvernance de notre pays, en appui de ses citoyens et de ses entreprises, toutes catégories confondues, doit peser efficacement sur les orientations européennes, qui elles-mêmes devront peser sur les orientations mondiales. A quoi servent les rapports alarmants des spécialistes, les réunions des COB successives, en dehors du gonflement des dépenses publiques, de la contribution à l’augmentation du bilan carbone, etc. ?  si c’est pour ne jamais appliquer les résolutions et recommandations en la matière !

 

La question du 80 Km/heure sur nos routes départementales est pertinente sur de nombreux segments de routes de nos campagnes, notamment en matière de sécurité mais est contreproductive pour d’autres où les excès de vitesse se multiplient,  ce qui alimente, outre la pollution de l’air, le sentiment d’injustice car ces routes sont essentiellement empruntées pour aller travailler, accéder aux services publics,  aux centres de soins, médecins, pharmaciens, etc. 

De plus, nos routes départementales et communales sont de plus en plus fréquentées par les poids lourds, dont de nombreux véhicules étrangers qui traversent le pays, sans être taxés, via nos bourgs et lieux dits en suivant les prescriptions de leur GPS. Outre les effets délétères sur la pollution de l’air et l’entretien des routes à la charge des collectivités donc du contribuable, la multiplication du nombre de camions sur le réseau routier est nuisible (bruit, pollution etc.), sans parler de l’impact sur la sécurité routière. Cela pose aussi la question du développement du ferroutage qui doit être reconsidérée,  après sa quasi destruction dans les dernières décennies, dans le reprofilage des modes de financement tant des voies ferrées que des routes pour rétablir une équité de traitement entre les 2 modes de transports.

Ce point fait le lien avec tout ce qui se rapporte à la mobilité sur notre territoire, car sans voiture il est quasiment impossible de travailler, de se soigner, d’accéder aux différents services etc.

 

Il y aurait bien d’autres choses à dire, mais il faut faire des priorités et c’est ce que nous avons fait.

 

En espérant que la démarche nationale engagée permettra d’éclairer les choix gouvernementaux par des réformes adaptées et applicables dans le respect de l’identité des territoires pour un mieux vivre ensemble.

 

Le conseil municipal de Javerdat 87520.

 

Le 8 février 2019                                                      Rapporteur : Annie DARDILHAC Maire

 

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